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Entrer sur un marché où presque tout est informel.

Au Tchad, près de neuf emplois sur dix relèvent de l'informel. Un jeune diplômé ne cherche donc pas un emploi sur le marché : il en cherche un dans la petite part qui est formelle.

Emploi et compétences · 3 min de lecture

Rue commerçante d'une ville sahélienne à la mi-journée, échoppes et étals

Le chiffre est connu et rarement médité : la Banque mondiale estime qu'environ 88 % des emplois tchadiens sont informels, dans une économie où l'agriculture pèse près de 40 % du produit intérieur brut. À l'échelle du continent, l'institution rappelle que près de 80 % des Africains travaillent dans l'informel.

Un jeune qui sort de formation ne se présente donc pas devant un marché de l'emploi au sens où on l'entend ailleurs. Il se présente devant une porte étroite, et la plupart des conseils qu'on lui donne supposent une porte large.

Ce que le chiffre implique : la trace

L'informel n'est pas le chômage. C'est du travail — souvent dur, souvent long — mais sans contrat, sans cotisation, sans trace. Et sans trace, il n'y a pas de référence à produire cinq ans plus tard.

C'est la conséquence la moins commentée : deux jeunes ayant fourni le même travail pendant trois ans n'auront pas la même employabilité, si l'un peut le prouver et l'autre non. La différence ne tient ni au talent ni à l'effort. Elle tient à la trace.

La Banque mondiale rappelle par ailleurs que l'économie informelle représente plus de 70 % de l'emploi total dans les économies émergentes et en développement, et près d'un tiers de leur produit intérieur brut. Ce n'est pas une marge de l'économie : c'en est l'essentiel.

Bureau simple avec une pile de curriculum vitae imprimés, un stylo et un téléphone
Illustration. Image d'ambiance générée, sans lien avec une mission du cabinet.

Ce que nous voyons dans les candidatures

Nous conduisons des recrutements pour nos clients. Nous lisons donc beaucoup de dossiers, et quelques constats reviennent.

Les candidatures se ressemblent. Le même modèle de curriculum vitae circule, les mêmes formules, la même liste de logiciels maîtrisés. Ce qui distingue un dossier n'est presque jamais un diplôme de plus : c'est une expérience décrite avec précision — ce qui a été fait, sur quoi, avec quel résultat.

Très peu de candidats se renseignent sur l'organisation à laquelle ils écrivent. C'est le moyen le plus simple de se distinguer, et il ne coûte que du temps.

Former ne suffit pas si l'on ne suit pas

Du côté des employeurs, le raccourci habituel consiste à déplorer le niveau. C'est confortable et improductif. La compétence se construit dans la durée, et une session de trois jours n'y suffit pas.

Notre mission pour l'Office national de sécurité alimentaire porte sur onze domaines de gestion, reconduite d'année en année sur trois ans. Ce format n'a pas été choisi pour sa taille : sur trois ans, on peut revenir, corriger, vérifier ce qui est resté. Sur trois jours, on ne peut que distribuer un support. C'est le principe de nos programmes de formation.

La Banque mondiale conduit au Tchad et en Mauritanie le projet RELANCE, qui vise l'accès à une éducation de qualité et les débouchés des jeunes vulnérables. La logique est la même : la durée est ce qui fait la différence.

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